

LE REDACTEUR
ISYRA
L.KEPLER
Avant de vous parler du Codex , je me dois de vous annoncer une bien triste nouvelle .
Notre cher Apocalypse, reporter Ô combien émérite , reconnu et apprécié pour ses grandes qualités professionnelles, son sérieux , son implication au sein de la rédaction , eh bien ! Chers Lecteurs , Apocalypse nous a quitté !
Brutalement , comme çà , il m'a laissé un mot sur mon bureau : "Adieu!"
C'est vrai que depuis quelques cycles , il m'inquiétait , il n'était plus que l'ombre de lui-même, il ne produisait plus d'articles , il était de mauvaise humeur, il avait maigri ... je ne le reconnaissais plus !
Et puis voilà ! ce mot bref qui met fin à une collaboration riche et passionnante de plusieurs années .
Depuis la rédaction a perdu son élan ... malgré ce coup du sort nous allons face !
La vie continue et nous nous devons à vous Chers Lecteurs !
(Discrètement , Le Rédacteur ecrase une larme).
Allez ! la suite !
Voici votre Codex !
Bonne lecture à toutes et à tous !
Rubrique CINEMA
:
- NOUS AVONS VU POUR VOUS PAR JASON PELREK .
Rubrique COMMUNIQUE
:
- LA PRECHEUR PRECHE.
Rubrique INTERVIEW
:
- INTERVIEW A 3 VOIX PAR JOHN.K .

ISYRA
De tous mes apophtegmes oh combien illustres et savants, je trouve qu'il manque le plus fameux, celui qui posera les bases de ma pensée devant l'éternel, libérant ainsi à vos esprits étriqués de philistins patentés, la fulgurance nécessaire à la compréhension du monde.
Comme toute philosophie qui se respecte, les notions explicatives forment un trépied d'axiomes simples. Voyez combien le nombre trois est important : il apporte stabilité à toute chose alors que les simples dualités religieuses, l'opposition binaire entre un bien et un mal, qui ne peut d'ailleurs exister que par rapport au bien, et inversement, sont par nature instables et incomplètes, sources de malheurs, d'obscurantisme et de comportements simiesques de la part de la plèbe.
Les aphorismes les voici : il me semble qu'il est également important de vous expliquer comment me vinrent ces idées.
Ce fut un soir où la lumière coruscante avait fatigué mes yeux sur le chemin vers mon logis ; j'espérais lorsque je frappai mon huis que l'on ne me dérangeât point et que l'idée que je me reposasse, un peu, ne frappa personne d'étonnement. Mais une fois encore, ils attendaient, tous là, ma leçon magistrale, dans tous les sens du terme, pour éclairer un peu le morne état philosophique dans lequel ils se trouvaient.
Cependant, de clarté j'en eus assez pour la journée et je me dirigeais donc vers ma couche, déterminée à ne pas être décontenancée par les appels à l'aide des rustres, suppliant que je ne remisse au lendemain mon cours d'hui.
Je fus pour eux trop lasse de devoir m'acharner ainsi, avec tant d'efforts et de labeurs, pour ne tirer que pitoyablement un simple syllogisme digne des plus mauvais sophistes, déclenchant alors l'admiration béate du parterre, ébloui par le talent indescriptible de l'orateur qui avait eu l'audace inouïe d'associer le terme "toujours" avec "amour" ; quel poète délicat, lui qui cinq minutes auparavant avait une main dans une dinde et l'autre dans son nez, qu'il avait un peu court le jeune homme. Lorsqu'on eut pu dire, bien des choses en somme, sans pour autant copier le poète, c'est pourquoi je ne m'épancherai plus d'avantage sur cet hurluberlu.
Pourtant tous ces dictames à leurs âmes tourmentées les soulageaient autant qu'ils m'excitaient, ils déclenchaient en moi un déferlement de chaleur, montant et descendant, parcourant mon corps comme la flamme joueuse d'un cierge allumé par une bigote, espérant ainsi sauvé l'âme de feu son époux, parti dans les bras de Phryné, à moins que ce ne fût Aspasie ce soir là. Leur admiration sincère me transportait à chaque fois, elle résultait, je le sais, de mon talent atavique, toutefois, ne boudons pas notre plaisir de peur ou de l'anathème, ou de quelques mercuriales, ou des admonestations cléricales, ou de toute animadversion fallacieuse de ces frustrés concupiscents.
Leurs cris montèrent jusques en ma chambrée, troublant malheureusement mon repos réparateur, ils perturbèrent définitivement le calme nécessaire à l'arrivée de Morphée. Finissant par connaître quelque peu ces drôles, je sus qu'il me serait impossible de les faire partir sans au moins un bon mot, ou un aphorisme si j'eus été inspirée. Me vint donc l'idée de leur proposer par la présente, une sentence toute simple :
"Messieurs, je souhaitais dormir mais vous m'en empêchâtes. Vous voici ici, éructant bruyamment des paroles inintelligibles, et me voilà là, usée de cette journée harassante, devant supporter vos complaintes, parce que vous trouvâtes injuste que j'eusse du talent et vous non ; messieurs, sachez ceci : la vie est injuste."
Sans s'en apercevoir, la première base du trépied fut placée devant leurs yeux et tandis qu'ils se retournaient dans leurs foyers, je vis revenir avec délectation ma si bienveillante alacrité, qui me fit tant aimer en mille lieux de bassesse, enfin je veux dire, en mille lieux de savoir.
Voyez donc ! Mon illustre personne dans un troquet, vous n'y pensez pas ! Et qu'y ferais-je ? D'ailleurs qui s'y risque, à part pour fêter une centaine de cycles dans une débauche charnelle ! J'eus aimé rencontrer ce D.R., qu'il me racontât dans l'oreille ses récits scabreux et que je frémisse à leur écoute ; il semble être un homme délicieux.
Au lendemain de cette nuit, ils revinrent me quémander l'explication de la philosophie sous-tendue à ma déclamation pré-nuiteuse. Allons bon ! Une fois encore ils n'eurent rien compris et je dus leur décortiquer chaque mot de ma phrase pour qu'ils comprissent le quart du commencent de la moitié de celle-ci. Cependant, tout étant relatif, je leur précisai doublement, leur entendement me parut plus que limité et discutable.
La lassitude me gagna à cet instant, où même le premier des commandements, des plus simples, fut incompris, où le second délicatement glissé leur fit autant d'effet que deux brises de vesse lâchées par le plus adipeux d'entre eux. Devant tant de médiocrité, ne pouvant plus relativiser la moindre pensée fate, je me rendis compte de l'exceptionnelle personne que je suis ; la Trinité accomplie, je n'eus plus qu'à les laisser barboter dans leur vie stercorale avec tout le plaisir qu'ils en tirent. Je partis donc sans un adieu, sans sentiment de futur manque et j'atterris auprès de mon cher Rédacteur, qui trouvera et comprendra sans l'ombre d'un doute, les trois pensées première de ma philosophie, celles qui éclairent tout mon génie, donnent un autre sens à vos vies, car bien que l'injustice ne vous ait rendus aussi exceptionnels que je le suis, tâchez de relativiser car c'est votre seule façon d'espérer survivre gaiement.
Et quand votre quotidien vous semblera trop lourd, tournez-vous vers moi, car comme le radar guidant les vaisseaux entrant dans un champ d'astéroïdes dangereux, je serai votre lumière.
N.D.L.R :
• Apophtegmes : Parole, sentence mémorable de personnages de l'Antiquité.
• Coruscante : Qui brille intensément, qui scintille.
• Dictames : Plante aromatique de la famille des Labiées, dans laquelle les Grecs voyaient un puissant médicament.
• Animadversion : Désapprobation latente, hostilité sourde, se manifestant occasionnellement dans des paroles, des attitudes ou des actes.
• Alacrité : État de vigueur et de vitalité corporelle, souvent mêlé de bonne humeur et d'entrain.
• Stercorale : Qui se rapporte aux matières fécales.